La fontaine Sainte-Haude est une source aménagée dans un charmant site boisé, loin de toute habitation.

 

Un petit bassin permet de recueillir l'eau directement à la source et de remplir des récipients.
Une rigole en pierre dirige ensuite le liquide vers un lavoir assez fruste bordé de quelques larges dalles. La première, sur le côté droit, est en fait une stèle gauloise qui, couchée, a trouvé ici une nouvelle utilisation.

 

On remarque que la rigole alimentant le lavoir traverse auparavant un petit bassin circulaire. Le visiteur s'interroge surtout sur la raison de la présence d'un lavoir dans un lieu aussi éloigné de toute habitation. Mais il n'en a pas toujours été ainsi.

 


Une légende tragique :

 

Quelque temps après la fin du règne de Clovis, le seigneur Galon de Trémazan, près de Kersaint, aurait eu deux enfants : une fille, Haude, et un garçon Gurguy. A la mort de son épouse, il se serait remarié avec une Anglaise et la belle-mère aurait particulièrement maltraité ces enfants qui n'étaient pas les siens. Gurguy se serait réfugié à la cour du roi Childebert. Après son départ, , la seconde épouse de ce Galon a fait en sorte qu'Haude soit traitée "à la dure" : d'abord privée de sa ou ses servante(s), Haude a ensuite été écartée du domicile paternel et "abaissée" au rang de servante de ferme. C'est à Gurguy que la marâtre a dit que cet "exil" avait été rendu nécessaire par la mauvaise conduite de sa sœur.
De retour après douze ans d'absence, Gurguy crut naïvement en ces rumeurs, et se précipita à la ferme. Sa sœur lavait du linge à la source. Il s'y rendit et de son épée la décapita. C'était, paraît-il, le 18 novembre 545. Regardez un calendrier, le 18 novembre est le jour de la Ste Aude ( sans H, mais c'est bien la même personne). Et quel saint fête-t-on le lendemain ?

 

Dans la soirée, au château, un miracle s'accomplit : on vit venir Haude, tenant sa tête dans ses mains. Elle la replaça sur son cou et accusa sa belle-mère d'être la cause de sa mort. La marâtre nia cette accusation, mais périt foudroyée sur-le-champ.

 

Quant à Gurguy, pardonné par sa sœur et pris de remords, il se réfugia auprès de Saint Pol Aurélien, évêque du Léon, fit pénitence pendant quarante jours, prit le nom de « Tanguy » et expia son crime en fondant l'abbaye de Saint-Mathieu. Il fut vénéré plus tard sous le nom de Saint Tanguy. Plusieurs seigneurs du château de Trémazan portèrent ensuite le prénom de Tanguy. Et voilà pourquoi vous trouvez son nom sur le calendrier le 1endemain de la fête de sa sœur.

 

Il n'est pas étonnant qu'une telle légende confère à cette source un caractère sacré. Le petit bassin circulaire traversé par la rigole serait la trace laissée dans la pierre par la tête d'Haude. L'eau de la source guérirait aussi les verrues: il suffirait de jeter une épingle dans le petit bassin puis de la reprendre pour percer la verrue que l'on désire faire disparaître


On dit encore qu'autour de ce site fabuleux, comme dans les ruines du donjon seigneurial, des violiers rouges s'épanouissent chaque année pour rappeler le crime qui fut commis voici un millénaire et demi.

 

(Cf https://www.patrimoine-iroise.fr/ )