Quand on parle de sémaphore, on pense évidemment à l'invention de Claude Chappe, pendant la Révolution. Ce jeune ingénieur mit au point avec ses frères un système qu'il appela « télégraphe » permettant de transmettre par signes d'un point à un autre 92 nombres se référant à un lexique de 92 pages comportant chacune 92 mots numérotés. A l'aide de signaux exercés sur un mât muni de bras articulés et lus à l'aide d'une lunette, il suffisait de transmettre deux nombres, le premier pour la page, le second pour le numéro du mot. On composait ainsi des phrases.

 

Décidée en 1793, une première ligne de ces sémaphores fut installée entre Lille et Paris. Chaque poste recopiant les signaux du poste précédent situé à 7 km environ, ce système permit à la Convention, en 1794, d'apprendre en moins d'une heure la victoire de Condé-sur-Escaut sur l'armée autrichienne. Dans l'autre sens, des ordres pouvaient être transmis aux armées beaucoup plus rapidement qu'à cheval. Différents systèmes permettaient de les crypter.

 

 

L'invention de Claude Chappe fut rapidement perfectionnée par Charles Pillon ( ou Dupillon 1) puis appliquée à la Marine par Louis Jacob afin d'installer le long du littoral français toute une série de sémaphores munis de 4 bras articulés. Les nombres affichés correspondaient à des phrases entières figurant sur des lexiques. Les guetteurs pouvaient ainsi, depuis la côte, faire parvenir rapidement leurs observations à la Préfecture maritime ou celle-ci envoyer des ordres aux navires de guerre restés en vue, après un coup de canon avertisseur lancé par le sémaphore.


Dans le Pays d'Iroise, celui de Kerhoazoc à Landunvez était le plus au nord. Suivaient vers le sud les sémaphores de Porspoder, Corsen à Plouarzel, Les Renards au Conquet, Saint-Mathieu et Bertheaume à Plougonvelin, sans oublier celui de l'île de Molène 2. Via Le Minou et Portzic, ils communiquaient avec la Préfecture maritime de Brest. Le sémaphore de Kerhoazoc pouvait aussi se mettre en relation avec celui de Ouessant ou de l'Aber Wrac'h.

C'est en 1845 que l'Américain Samuel Morse inventa à la fois son alphabet formé de points et de traits et son manipulateur à main capable d'envoyer des signaux électriques brefs et longs. En peu de temps le «télégraphe électrique», grâce à un câble, remplaça l'aérien. Il équipa aussi les sémaphores, mais jusqu'à ce que les communications par morse s'effectuent au moyen de la radio, appelée depuis TSF ( Télégraphie Sans Fil ), on conserva le mât Dupillon à 4 bras en plus du jeu habituel de flammes et de pavillons pour communiquer avec les navires.

 

C'est Napoléon qui, en 1806, décida la construction des chapelets de sémaphores. La plupart de ceux implantés sur la côte remplacèrent d'anciens corps de garde datant de Louis XIV. En 1860, l'Amirauté de Brest décida que chaque sémaphore serait conçu sur un plan en T pour abriter à la fois le personnel et le matériel de fonction : pavillons et flammes du code international, matériel météo, télégraphe, drisses et poulies de rechange, munitions pour le canon, et équipements divers pour 20 hommes en cas de mobilisation. La salle de veille, la plus grande, était pourvue de cinq fenêtres donnant sur le large. Deux logements étaient prévus pour un guetteur, son adjoint et toute leur famille car la veille devait être assurée 24 h sur 24 et il arrivait même que les épouses participent au service. Le personnel disposait aussi d'un cellier et d'un petit jardin potager. Les bâtiments étaient recouverts d'un enduit de couleur blanche afin que les signaux de la terrasse, vus de la mer, s'en détachent aisément.
La guerre de 1914-1918 montra le danger que constituaient les sous-marins. Afin de les détecter, une chambre acoustique reliée à un hydrophone immergé fut construite.
Lors de la mobilisation générale de 1939, il a fallu loger sous les toits les 20 réservistes venus renforcer les guetteurs. Ces marins couchaient dans des hamacs.


En 1940, à l'arrivée des Allemands, du matériel fut caché parmi la population de Landunvez afin qu'il ne tombe pas aux mains de l'occupant. Celui-ci s'empara du sémaphore et construisit un blockhaus à proximité.


En août 1944, les Allemands quittèrent le sémaphore afin de fuir les Osttruppen ( soldats russes enrôlés de force parmi eux ) qui s'étaient révoltés. Mais ils prirent soin de faire sauter toutes les installations. 

 

Depuis, le sémaphore de Kerhoazoc n'a pas été reconstruit. Il étale dans une lande déserte ses pauvres ruines au pied d'un grand amer qui reste seul à regarder le large. Des tags colorés ornent ses pans de murs. Ce sont les derniers témoignages de l'intérêt que l'homme lui a porté.

 

Source :

http://patrimoine-iroise.fr