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> La famille du Chastel

La dynastie  des Du CHASTEL est intimement liée au pays du Léon, au passé de la Bretagne et à l'Histoire de France.
Il est vraisemblable que les premiers Du Chastel sont apparus au sein de la chevalerie guerrière des 10 et 11ème siècle qui a participé aux nombreuses campagnes de l'époque et en particulier aux croisades.

Les Du Chastel sont mentionnés à l'origine et pour la première fois dans des actes officiels du 11ème siècle : à Nantes en 1057, à Rennes en 1080. Un siècle plus tard, en 1185, deux Du Chastel assistent aux assises du comte Geoffroy à Rennes précisément au moment où l'on introduit « le droit d'aînesse » dans le duché de Bretagne. Un Du Chastel a pris part à la bataille de Bouvines avec le Roi Philippe Auguste en 1214.

Mais ce n'est qu'à partir du 13ème siècle que l'on peut établir une généalogie cohérente dont le premier membre identifié et connu est Bernard Du Chastel qui aurait participé à la croisade de Saint Louis, mais dont le véritable mérite aurait été de se marier à une fille du vicomte du Léon .
A partir de cette époque, les armoiries comme les devises des du Chastel sont répertoriées dans de nombreuses paroisses de la Région : à Plourin, à l'Aber Wrac'h, à Plougonvelin, à Brest.

Au c½ur de la Guerre de 100 ans, alors que le Roi de France s'oppose par les armes à son cousin d'Angleterre, c'est « la Guerre de succession de Bretagne » qui déchire le pays et donne aux Du Chastel l'occasion de s'illustrer. Tanguy 1er Du Chastel est l'un des partisans de Jean de Monfort et par conséquent l'adversaire d'un autre chevalier breton : Bertrand Du Guesclin, partisan de Charles De Blois. Mais par la suite la famille se mit au service du Roi de France : Tanguy III Du Chastel, prévôt de Paris, finit sa vie à Beaucaire en 1458 loin de son « donjon » et après avoir bien mérité du Royaume de France. D'autres Du Chastel s'illustrèrent sous Charles VII et Louis XI .

La branche aînée allait s'éteindre au 16ème siècle et le château passer en d'autres mains, mais cette famille avait eu le temps de rassembler « une Seigneurie » solide et puissante grâce à une politique matrimoniale efficace et habile. Très tôt, la recherche « d'héritières utiles » est une préoccupation importante pour les Du Chastel. Pour leur fils ils choisissaient de jeunes filles nobles de lignages en voie d'extinction. ce qui leur permettait de gagner de nouveaux domaines. Parallèlement, les dots constituées pour les cadettes de leurs filles ne comportaient que des possessions situées « en périphérie » en préservant le c½ur de la seigneurie. La constitution et le renforcement d'un solide réseau de parentés permettaient simultanément aux Du Chastel d'assouvir leurs ambitions politiques et militaires.

Les paroisses de Landunvez et de Plourin constituaient le c½ur de la seigneurie qui s'étendait également à plus de 25 clochers du Léon. Autour du château de Trémazan étaient ainsi implantées trois juridictions distinctes : le château de Brest, le chastel de Lannilis, et
celui de Cléder sur lesquels la famille exerçait les pouvoirs de haute, moyenne et basse justice. A l'aube du 17ème siècle, le Léon appartenait véritablement à cette famille ! Mais les alliances et les intérêts familiaux s'étendaient bien au-delà dans toute la Bretagne  et en France.

Les cadets Du Chastel durent bien souvent « aller chercher fortune ailleurs ». Deux débouchés s'offraient à eux : l'Eglise ou les Armes. La lignée Du Chastel occupa de hautes fonctions ecclésiastiques : Du Chastel fut chanoine de Beaulieu en 1322, Jean qui fut à l'origine de la création de la collégiale de Kersaint fut aussi et surtout évêque de Carcassonne en 1454 et Hamon évêque de Dol en 1461. La famille occupa également les évêchés du Léon, de Tréguier, de Saint Brieuc et l'abbaye de Daoulas.

Mais c'est le « service du Roi de France » qui fournit les débouchés les plus importants à ceux qui choisirent « l'emploi des armes » :
Tanguy I  soutint au milieu du 14ième siècle la cause de Jean de Monfort . Il perdit dans cette lutte ses deux fils aînés mais devint le confident et l'homme de confiance de l'épouse du prétendant Jeanne qui lui confia la garde du trésor ducal. En 1347, il sauva la vie de l'homme auquel il s'opposait : Charles de Blois. Avec le succès du parti Monfort, il contribua efficacement à l'ascension du lignage.
- Mais c'est incontestablement Tanguy III (1370-1458) qui fut la figure la plus emblématique de cette puissante famille . Il s'illustra d'abord dans la marine et sur les côtes anglaises pour venger son frère avant de se mettre au service de Louis d'Orléans régent du royaume depuis la folie de Charles VI . Il servit en Italie Louis II d'Anjou Roi de Naples et de Sicile , soutint le siège de Rome et la cause du Pape et rentré en France celle du Dauphin Charles . C'est en tant que Prévôt de Paris au c½ur de la lutte entre Armagnacs et Bourguignons qu'il sauva le jeune Prince de France , son futur souverain, une nuit de mai 1418 .
Pendant 20 ans, il soutint ainsi sans relâche la cause de son maître le Dauphin puis le  Roi, fut le porteur de sa bannière et le plus fidèle défenseur de sa personne. Charles VII qui l'appelait familièrement « mon bon père » sut s'en souvenir. Fidèle à sa vocation guerrière, il reçut la capitainerie de la Champagne, de l'Ile de France et de tout le nord de la Seine mais assura également des missions diplomatiques pour renforcer l'alliance contre l'Angleterre dans le cadre de la Guerre de 100ans. Il est enfin connu, et bien qu'il s'en défende, pour être le meurtrier du Duc de Bourgogne Jean sans peur . un évènement qui devait donner une impulsion nouvelle à la guerre entre la France et l'Angleterre avec la défection des bourguignons.

Quelques années plus tard, afin de préserver les possibilités de réconciliation avec la puissante Bourgogne Charles VII dut éloigner Tanguy III Du Chastel devenu encombrant . Ecarté de la Cour, il émigra vers le sud . Tanguy III cadet Du Chastel et fils de Trémazan finit ainsi sa vie en Provence, dans la cité de Beaucaire dont il fut capitaine et châtelain jusqu'à sa mort en 1458. 
    
Ses neveux, Guillaume et Tanguy restèrent fidèles à sa vocation.
- Guillaume III fut officier de la maison de Charles VII et écuyer du dauphin, le futur Louis XI. Il s'illustra au siège de Pontoise et y trouva la mort en 1441. IL fut enterré dans la nécropole royale de Saint Denis auprès de Bertrand Du Guesclin

- Tanguy IV, vicomte de la Bellière, succéda en 1458 à son oncle dans le pays de Beaucaire mais épousa une bretonne Jeanne de Malestroit. Il fut l'organisateur des funérailles de Charles VII et reprit du service en Bretagne auprès du Duc comme conseiller et capitaine de la ville de Nantes. Plus tard, au service de Louis XI, Tanguy IV devenu Gouverneur de Cerdagne et du Roussillon  mourut en Picardie en voulant protéger son Roi au cours d'un siège. Il est enterré auprès de lui en la basilique Notre Dame de Clery

En trois siècles, les Du Chastel s'étant « élevés » avaient su se placer à la tête de la noblesse léonarde aussi bien par leur influence que par « leurs revenus ». A coté des Kermavan ils étaient au deuxième rang de la hiérarchie nobiliaire, derrière la famille De Rohan. Ils pouvaient s'affirmer comme les représentants de la « haute noblesse bretonne ».


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