Aux limites nord de la commune, le Donjon de TREMAZAN, qui domine fièrement l'anse de Portsall, constitue un des vestiges les plus remarquables de l'architecture moyenâgeuse dans le Pays du Léon. Son impressionnante silhouette ne manque pas d'attirer les curieux et son histoire mérite que l'on s'y attarde quelques instants. On situe son origine au XIVème siècle, époque où le Léon abritait de nombreux châteaux qui ont joué un rôle dans la guerre de succession de Bretagne.

Son édification s'échelonne sur trois étapes : - C'est vraisemblablement sur l'emplacement d'une « motte » dont on n'a jamais pu trouver de trace que s'est édifié ce donjon couronné initialement « de hourds » et qui devait à l'origine accueillir le Seigneur et sa famille - Ensuite, et semble-t-il peu de temps après sa construction, une première enceinte rectangulaire dominée par de hautes courtines est venue encadrer une cour intérieure - C'est au XIVème siècle que fut construite une seconde enceinte reliée à la première par un étroit passage, implantée au nord-est légèrement en surplomb et dotée de quatre tours d'angle. Cette seconde implantation accueillant « les communs », permis la construction d'une demeure plus imposante et plus confortable que la première Le château de Trémazan présente donc dés l'origine les attributs d'un château fort adapté aux guerres qui se pratiquaient à cette époque. Doté de nombreux dispositifs permettant de repousser un assaut, on peut également y vivre de façon confortable. Il n'est certes pas la seule forteresse féodale édifiée dans le Léon . Le château de Brest, celui de la Roche Maurice ou de la Joyeuse Garde sont aussi des témoins de cette époque. Mais sa situation, si prés du rivage, ne constitue pas sa seule originalité .Paradoxalement , le fait d'avoir été en ruine avant les autres lui a permis de conserver tout son mystère et également de préserver un certain nombre de traces très intéressantes de l'architecture de l'époque . On s'en aperçoit aujourd'hui
La puissante famille du CHASTEL a incontestablement marqué ce site dont elle fit son fief. Après l'extinction de la branche aînée du CHASTEL, la seigneurie rejoint le patrimoine d'autres familles aussi illustres avant de disparaître dans les tourmentes révolutionnaires : - En 1684, elle est vendue à Louise de PENANCOET Duchesse de PORTSMOUTH et d'AUBIGNY qui visita certainement le château . mais n'y vécut jamais. Née au milieu du 17ième siècle au manoir de Kéroual prés de Brest, cette femme connut une destinée hors du commun : demoiselle d'honneur à la cour de LOUIS XIV elle devint la maîtresse de CHARLES II souverain d'Angleterre et lui donna un fils. Revenue précipitamment en France à la mort du Roi, elle reçut la Terre d'Aubigny en récompense de ses services. Elle dut se séparer en 1714 du domaine de Trémazan. - Antoine CROZAT acquéreur du château prit sans vergogne le titre de Marquis Du CHASTEL. Il était trésorier des Etats du Languedoc, financier du Roi et s'était enrichi dans le commerce avec la Louisiane - Par le jeu des alliances La Seigneurie de Trémazan fut même la propriété du Roi LOUIS XVI qui en fit l'acquisition pour éviter une banqueroute à la famille de ROHAN. et le vieux Donjon rejoignit ainsi, pour peu de temps, le Domaine Royal à l'aube de la Révolution
Mais les documents nous révèlent que dés 1715 le château qui commençait à se dégrader n'était pratiquement plus habité. Il était occupé par des fermiers qui en assuraient l'entretien en même temps que l'exploitation. C'est de cette époque que datent un certain nombre de bâtiments à usage professionnel et domestique : maisons d'habitation, étables, crèches, four à pain et hangars dont les matériaux de construction furent empruntés aux courtines. De 1779 jusqu'en 1905, cette « Ferme du Château » fut tenue par une famille : les GODEBERT. Cette dynastie de fermiers en assura la mise en valeur et d'une certaine manière. la survie . Au siècle dernier, entre 1890 et 1908, une silhouette pittoresque apporta encore un peu plus de mystère aux ruines de Trémazan : Napoléon Charles PETIT, qui avait exercé comme comptable à Brest puis à Paris, totalement ruiné par de mauvais placements et désespéré par le décès de son épouse se retira totalement démuni dans sa commune d'origine : Portsall. Le Maire de Landunvez lui permit de s'installer dans les colombiers de château. Il y vécut la fin de son pathétique destin dans la misère mais avec beaucoup de dignité avant d'y mourir en 1908
Depuis le début de la guerre de 100 ans et jusqu'à nos jours, le donjon de Trémazan se dresse donc fièrement dans ce coin du Léon. Il a inspiré de nombreux poètes et attiré un grand nombre de romantiques Au 19ème siècle, les chroniques de l'époque en parlent régulièrement Mais en 1995, l'effondrement d'un pan de la Tour fit prendre conscience de l'urgence d'une politique sérieuse de sauvegarde. Pour parer au plus pressé, il fallait consolider ce qui pouvait encore être sauvé. Après cession d'une partie de la première enceinte à la commune en 1999, une opération énergique est entreprise . chantier spectaculaire dont l'esthétique est sans doute discutable, mais qui était indispensable : « un pansement » solide qui permettait d'attendre des projets sérieux, plus ambitieux et de mener une réflexion pour l'avenir : - suppression de la végétation et dégagement des éboulis - fouilles archéologiques.
Une exposition quasi permanente qui se tient à la Maison des Chanoines ou à la Chapelle Saint Samson entretient le souvenir du Château de Trémazan évoque son passé et anime les énergies en vue de sa survie et mieux encore de son sauvetage. car sauver TREMAZAN c'est couvrir une histoire prestigieuse et mal connue : celle d'un château fort, d'une famille mais aussi et surtout d'une Région. |